Incroyable mais vrai, à Yaoundé au 21e siècle, des familles sans toilettes !

Nous sommes en 2017, pourtant, de nombreuses familles n’ont pas de toilettes à Yaoundé. Cela vous étonne peut-être, mais vendredi dernier, en faisant un tour dans un quartier de la ville, c’est le constat que j’ai fait. Parfois même, pour les ménages ayant des toilettes, elles ne sont pas adéquates. Dans un cas ou dans l’autre, voici comment fonctionnent les familles qui n’ont pas de toilettes.

  1. Les familles qui n’ont pas de toilettes sont noctambules

Elles gardent leur besoin à longueur de journée, puis la nuit tombée, elles se servent des sachets et bouteilles plastiques. En gros, le sachet c’est pour la grosse commission, et la bouteille, c’est pour les déchets liquides du corps que vous connaissez. Sûrement vous demandez-vous le devenir de ces plastiques après utilisation. Je vais vous dire, c’est simple. Observez bien les sachets noirs que vous trouvez dans certaines rigoles des quartiers populaires. Quant aux bouteilles, elles ne vont pas loin, c’est directement dans la rue qu’elles sont jetées. S’il vous plait, ne venez pas me demander où elles font leurs toilettes, devinez seulement !

  1. Les familles qui n’ont pas de toilettes sont solidaires

Bon ! Je ne sais pas si c’est de la solidarité ou de la bonne charité, ce que je sais, c’est que lorsque certaines familles sont les seules à avoir des toilettes dans un quartier, elles peuvent, si elles n’ont pas peur de la sorcellerie, les partager avec les voisins. En fait, ce n’est pas usuel ici de partager ses toilettes, car il parait que c’est là-bas qu’on garde les totems. Si plusieurs ménages utilisent une même toilette, c’est que c’est le bailleur qui en a voulu ainsi.

  1. Les familles qui n’ont pas de toilettes ont surement une fosse quelque part

Si, chez une famille à Yaoundé, vous demandez la direction des toilettes et on tarde à vous y conduire, n’insistez pas ! Ils n’ont pas de toilettes proprement dit, mais juste une fosse creusée dans une des pièces de la maison.

En même temps, il faut nuancer, parfois certains ont juste honte de leurs toilettes. La semaine dernière, une maman disait que ses toilettes ne sont pas gentilles. Elles attendent toujours lorsqu’elle a des étrangers importants pour dégager des odeurs. Même des toilettes mal aménagées ou mal entretenues peuvent vous faire avoir honte.

  1. Les familles qui n’ont pas de toilettes ont des organismes spéciaux

Ils sont soit toujours constipées, soit ils ont une forte rétention. Imaginez un peu un instant avoir une envie pressante mais ne pas pouvoir vous soulager. C’est difficile, n’est-ce pas ! Pourtant, pour de nombreuses personnes, c’est un jeu d’enfant.

  1. Les familles qui ont des toilettes n’ont pas de « toilettes »

Par ignorance ou pour d’autres raisons, de nombreuses familles ont des toilettes, mais ils ne savent pas qu’elles ne sont pas « adéquates ». Selon les ODD 6, une toilette adéquate sépare hygiéniquement les excrétas des contacts humains. En d’autres termes, une toilette améliorée ou adéquate possède :

  • Un toit et des murs, pour éviter le contact entre l’eau des pluies et les excrétas. Mais aussi pour protéger l’usager des intempéries pendant qu’il y a.

  • Une dalle lavable, pour éviter le contact direct avec les excréta et faciliter le nettoyage.

  • Une fosse étage, pour éviter tout contact entre les excréta et la nappe phréatique. Surtout dans les bas fonds de Yaoundé où cette nappe effleure la surface du sol.

En résumé, nous sommes en 2017, pourtant de nombreuses familles vivent sans toilettes à Yaoundé, soit par ignorance soit par manque de moyens. Toutefois, leur sort n’est pas scellé. Il y a de l’espoir. Ce dernier s’appelle Projet d’Assainissement de Yaoundé (PADY II). Rendu à sa deuxième phase, ce projet porte en son sein un volet Information, éducation et communication pour le changement de comportement. Avec comme objectif de « susciter l’adoption de comportements sains par les habitants de la ville de Yaoundé, en vue de préserver leur santé et prévenir les maladies, à travers les activités principales suivantes » (HC-ERA, 2016).

Volontiers, j’ai prêté mon image pour représenter la mascotte de cette campagne, et j’en suis fière. Mais ma plus grande fierté serait de voir un changement réel des comportements des populations de la ville de Yaoundé en matière d’hygiène et assainissement. Ce dernier passe par l’adoption des latrines adéquates.

Mon image sur une affiche grand format "Yaoundé ville propre" PADY II
Mon image sur une affiche grand format dans le cadre du PADY II « Yaoundé ville propre » CC: Claude Aristide

Alors toi, citoyen du monde qui te reconnait à travers ces lignes, adopte des toilettes adéquates pour ton bien et le notre ! 

11 commentaires sur “Incroyable mais vrai, à Yaoundé au 21e siècle, des familles sans toilettes !

  1. Vraiment très déplorable cette situation…mais ne pas se décourage et plus de sensibilisation dans les familles…dans l’espoir d’avoir un changement

    1. MERCI, avec une sensibilisation axée sur le changement de comportement, nous y arriverons.
      Mais chacun de nous est maître du changement à son niveau, donc sensibilisons tout autour de nous

  2. Billet touchant…
    Et Dieu sait que Yaoundé n’est pas la seule ville africaine touchée par ce phénomène…
    Les toilettes volantes c’est tout un concept…malheureusement…

    1. Oui, c’est vrai le pays et encore plus les capitales manquent de toilettes publiques.
      Est-ce une raison pour se priver de toilettes individuelles?
      Du moment où les besoins sont individuels, la question ne se pose pas. [Pour moi]

  3. Le constat est allarmant. Et j’imagine s’il en est ainsi à Yaounde comment serait Douala??? J’espère que votre ONG viendra aussi à Douala.
    Tres interessant ton article

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